COLLECTION L'INTIME

À propos de la collection

Anne Bert

Collection « L’Intime » dirigée par Anne Bert

La collection L’intime accueille des textes très différents qui savent avant tout parler le langage du ventre pour dire l’indicible, l’inarticulé, ce qui parfois arrache les tripes et l’âme,  loin de la société de spectacle et du formatage.  

Cris ou chuchotements, peu importe, les voix sont surtout singulières et déchirent les silences. Les auteurs regroupés sous ce thème sont des spéléologues, ils explorent  les failles, ce qui perturbe et remue l’âme et les corps.

Appel à textes pour la collection

L’amour que nous ne ferons jamais ensemble de Jade Lyrix

Format ePub et Kindle

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Lilith est mannequin, elle vit avec son père, magnat américain charismatique. La jeune femme absolument magnétique, lointaine et polaire, subjugue tous ceux qu’elle croise. Obsédée par la passion amoureuse destructrice qu’elle éprouve pour son père, elle est aussi hantée par un passé mystérieux qui la ronge. Ses sens sont chauffés à blanc, son esprit adhère à sa chair qui se tord. Sur l’extrême rebord de l’équilibre, son double, la Lilith démoniaque qui l’habite et harcèle sa raison, l’attire vers la chute.

Jade Lyrix explore le dédoublement de personnalité et le désordre psychique avec grand talent. Au fil du roman, la narration, de la 3e personne bascule souvent au « Je », faisant approcher le lecteur au plus proche du gouffre qui attire la jeune femme. Elle, je… l’infernal maelstrom donne le vertige. Qui est la vraie Lilith ? Que cache-t-elle ? Une passionnante enquête menée sur cette étrange famille va démasquer son secret. Tous les protagonistes sont à la fois acteurs et spectateurs du dénouement.

ISBN numérique : 978-2-89717-889-5

Cet homme manie le verbe comme le temps régit les océans. C’est un équilibre, un écosystème qui m’est vital. L’archétype même du rêve féminin. Il est omniscient et possède le don d’ubiquité. Embaumée par les senteurs paternelles, mon cœur bat au rythme de cette brume tenace qui se dépose sur les miroirs de ma psyché. En y déposant mes mains à la surface, je capte dans chacune de ses gouttelettes, un peu plus de lui. Je le perçois les yeux fermés au monde, et grand ouverts à mon obsession. Il exhorte tout ce que j’ai de plus profond en moi. Il lie les points de mon entité les uns aux autres. Il a ce pouvoir sur moi comme j’exerce cette pression sur lui. Au travers de mon regard, je sais qu’il perçoit sa complémentarité, la non-différenciation de nos êtres. Je suis sûre de ressentir son désir pour mon corps, ce corps que je manipule, que je réchauffe contre lui très souvent le soir, blottis l’un contre l’autre sur un canapé. Nous sommes unis par cette simple attraction. Lorsque je regarde les photos de famille qu’il garde précieusement dans son bureau je me revois petite, frêle, ma mère était encore de ce monde, elle le tenait par la taille et lui me tenait entre ses bras. Je suis fière de savoir que dès ma venue en ce monde, c’est moi qu’il serrait contre lui.

Il est neuf heures et quart, j’attends que le téléphone sonne. J’ai déjà des frissons à l’idée d’entendre le son de sa voix.

Deux canapés se faisant face ont été placés rien que pour nous deux dans le salon central. J’ai expressément demandé au décorateur d’intérieur de les disposer de cette façon afin que l’on puisse s’étreindre du regard. Le soir, lorsqu’il s’installe et savoure un verre de vin blanc alors que je reste au loin, cachée derrière l’interstice de la porte, ne voyant qu’un seul de mes yeux le dévorer, il me dit de venir m’asseoir auprès de lui. En goûtant son vin, une tension m’électrifie les commissures des lèvres car je pose chaque fois ma bouche à l’endroit où la sienne a laissé son empreinte.

Sa penderie recèle des secrets. Cet endroit est une véritable mine d’or. Mon nez y capture la moindre note de fond flottant sur une étagère ou suspendue à un cintre. Ainsi j’imagine, planant autour de lui, toutes ces émanations dégagées par son corps. Ces odeurs se collent contre mes sinus. J’en mourrai de plaisir.

Je m’assois par terre, renverse de l’eau déminéralisée sur ses chemises sales que la femme de ménage est supposée déposer au pressing, et les plaque contre ma poitrine, sur mes lèvres, sur ma langue, entre mes jambes. Je mouille, je me détends, inconsciemment je le vois en moi. Mouillé, le tissu me fait penser à lui lorsqu’il fait l’amour, lorsque le tumulte d’un instant effervescent le fait transpirer, qu’une goutte de sueur tombe de son front et que j’ouvre grand la bouche afin de la recevoir sur ma langue.

Il n’y a que l’amour qui soit en mesure de nous faire connaître la folie.

Généralement, le cerveau et le cœur ne font pas bon ménage, mais en ce qui me concerne, les deux forment un équilibre. Je l’aime avec passion, je l’aime avec raison. Je suis en amour avec mon père, l’homme de ma vie. Celui pour qui mon existence n’a qu’un seul sens : tout lui donner. Être la seule qu’il regarde, la seule qu’il aime, la seule dont l’empreinte se grave plus fort que toute autre.

Éditions papier – 15€

Broché, 157 pages – 13×20 cm

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Disponible également au format ePub et/ou Kindle sur iBookstore Apple, Amazon.fr, ca et com, Kobo France et Kobo Canada, Google Play, Archambault.ca, ePagine.fr, FNAC.com, Bookeenstore, Chapitre.com, Relay.com, Decitre, Cultura, Nolim Carrefour, Feedbooks et +

Vies en suspens de Katy Axer

Format ePub et Kindle

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Un solitaire mal dans sa peau vit reclus dans son appartement ; voyeur par ennui, il observe sa voisine aux cheveux rouges, la guette à la fenêtre, l’écoute à travers les murs, vole son intimité pour s’inventer une vie où il prend la place de l’amant vêtu de noir qui partage la vie de la jeune femme. La voisine rousse, elle, raconte comment son amant la délaisse pour une autre femme qui lui ressemble beaucoup trop. Pour comprendre cette soudaine désertion et cette impression d’avoir été dépossédée de son identité, elle le file à son insu. Puis l’amant vêtu de noir révèle peu à peu au lecteur la raison de son obsession des chevelures rousses qui l’emporte dans la fuite et la déraison.
Trois intimités suspendues entre l’être et le paraître. Katy Axer, dans ce texte choral, dépeint de façon chirurgicale ses personnages en pleine introspection. Dans une réalité mouvante, leurs obsessions et leurs récits se font écho avec en fil rouge la buée des haleines, la filature, la fascination des chevelures rousses et le secret. L’atmosphère sensuelle hivernale et citadine va comme un gant aux intimités frileuses qui se dévoilent peu à peu pour cheminer vers la lumière, car Katy Axer n’a pas le goût de la tristesse… après l’hiver revient la chaleur.

ISBN : 978-2-89717-846-8

Il fait encore nuit lorsque ma voisine sort de l’immeuble. J’entends ses pas sur les pavés de la cour intérieure, puis s’ouvrir la lourde porte cochère. Sa silhouette tant attendue débouche sur l’avenue déserte et reste un instant immobile sur le trottoir, assaillie par la bise qui file le long de la grande artère. Je reconnais au premier coup d’œil ses cheveux roux sous la lumière jaunâtre des réverbères. Comme toujours, ils sont relevés en chignon et quelques mèches s’en détachent sous les assauts de l’air glacial. Inlassablement, elle les coince derrière les oreilles, même s’ils ne restent en place que quelques secondes avant de lui barrer le visage à nouveau. Les flocons malmenés par le vent tourbillonnent autour de son corps gracile avant de trouver refuge dans ses cheveux ou la laine de son manteau.

Debout devant la porte, elle lève le visage vers le ciel, croise les bras sous sa poitrine et inspire profondément pour se donner le courage d’affronter le froid qui traverse aisément les couches de vêtements accumulées en guise de barrage dérisoire. Les yeux vers les nuages, elle contemple la danse hypnotique des flocons. Ils effleurent son visage, s’accrochent à ses cils et font papilloter ses paupières. J’aimerais me mêler aux points blancs, rien que pour avoir la possibilité de caresser son visage et goûter la chaleur de cette peau dont je ne peux qu’imaginer la douceur.

À quoi penses-tu ?

La porte derrière elle se referme en claquant. C’est le signal. Elle resserre son écharpe et avance dans le paysage assoupi. Les flocons recouvrent maintenant ses cheveux et ses épaules et un petit tas de neige s’est amassé à la pointe de ses bottes. Elle progresse lentement, sa démarche est mal assurée sur le trottoir glissant. Elle garde les paupières mi-closes pour se protéger des rafales.

Tapi derrière ma fenêtre, je l’encourage. J’aimerais lui offrir mon bras, assurer ses pas.

Fais attention.

Caché dans les rideaux au deuxième étage, je lui intime d’être prudente. Avec mes doigts je maintiens un espace de quelques centimètres entre les pans pour voir dehors. Je me fonds dans les plis légers des voilages, dérobé à la vue des passants. Chaque matin je me revêts de cette cape d’invisibilité pour guetter le cheminement de ma voisine dans le froid. Je voudrais entendre le bruissement de ses pas, mais n’ose ouvrir la fenêtre de peur de me faire entrevoir. De là où je suis, je distingue sa nuque et un bout de sa joue que je sais recouverts de taches de rousseur, tandis que le reste de son corps se perd dans des couches superposées de tissus épaississant son allure. Elle arrive enfin devant l’escalier de métal qui mène au métro et disparaît dans un couloir où scintillent de rares ampoules.

Quand elle surgit sur le quai de la ligne aérienne, son profil se découpe en contre-jour sous les lumières crues de la station. Je trace du bout de l’index les contours de son corps frigorifié sur le verre de la fenêtre. Elle attend, le regard dirigé vers les rails d’où arrivera le premier train. Son haleine humide se cristallise en s’échappant de sa bouche et forme un nuage qui dissimule son visage avant d’être emporté par l’air hivernal.

Le jour n’est pas encore levé, la nuit a encore quelques heures devant elle. Les lumières électriques laissent de faibles traces blanches sur l’asphalte luisant et j’imagine les grains de sel crisser sous les bottes de ma voisine tandis qu’elle oscille d’un pied sur l’autre pour tenter de se réchauffer.

Le visage collé à la fenêtre de mon salon, alors que j’essaie de distinguer des détails des courbes que j’enlace en pensée, je dois sans cesse essuyer le disque opaque de buée formé par mes expirations. N’osant pas allumer mon appartement de peur de trahir ma présence, je demeure dans la pénombre, invisible dans l’immobilité de l’espace endormi. Les voiles qui m’enveloppent ondoient et effleurent la peau de mon visage et de mes pieds nus engourdis. Leur contact léger me fait frissonner.

Le froid transperce le verre. Il s’engouffre dans la pièce obscure où je gèle. Je tire les pans de mon gilet autour de mon ventre, mais garde ma position car je ne veux rien rater du court instant où je peux voir ma voisine chaque matin, enregistrer précieusement les éléments que j’arrive à distinguer pour tenter de reconstituer son corps lorsqu’elle sera partie.

Les rails passent devant ma fenêtre et longent la rue avant de se courber et disparaître à l’angle d’un immeuble. Au loin, une tache de lumière vient troubler l’immobilité de l’instant. Le rond grossit avant de se scinder en deux phares et derrière eux se profile une enfilade de rames métalliques. Le métro approche lentement, me laisse le loisir de regarder ma voisine plus longtemps. Le faisceau des phares éclaire les flocons qui tombent sur son chemin et le train s’arrête pour prendre ses rares passagers.

Katy Axer est née le 17 février 1985 à Woippy en Moselle. Férue de lecture et d’écriture depuis l’enfance, elle s’est naturellement dirigée vers un cursus littéraire qu’elle a poursuivi jusqu’à l’obtention de sa maîtrise de lettres modernes. Ses études lui ont permis d’approfondir ses connaissances et ses goûts en matière de littérature et depuis, elle se consacre à l’écriture. Son premier roman, La femme de Pluie, est paru aux éditions Chemins de Tr@verse en septembre 2013 et a été finaliste pour le Grand Prix de la ville d’Hagondange 2014. Elle tire son inspiration de la vie urbaine, de ses observations, de ses voyages ou encore des inconnus du quotidien. Passionnée de photographie, elle aime retranscrire la technique picturale dans ses textes et cherche à aller au plus près de l’émotion de ses personnages pour aller chercher l’empathie des lecteurs.

Édition papier – 10€

Broché, 92 pages – 15×23 cm

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Disponible également au format ePub et/ou Kindle sur iBookstore Apple, Amazon.fr, ca et com, Kobo France et Kobo Canada, Google Play, Archambault.ca, ePagine.fr, FNAC.com, Bookeenstore, Chapitre.com, Relay.com, Decitre, Cultura, Nolim Carrefour, Feedbooks et +

Les Déroutées de Christel Delcamp

Format ePub et Kindle

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Christel DelcampLes déroutées vous embarque dans un road trip en compagnie d’un trio de femmes en cavale épatant : l’incroyable  fillette Coco, sa mère Doris et la fringante et taiseuse  grand-mère Hélène. Une histoire de femmes donc, en proie à la brutalité des hommes. Ce délicat et vivifiant roman si loin de la romance, est une ode contemporaine aux filles et aux femmes qui ont dégusté sans gémir et se permettent enfin d’être ce qu’elles sont : fragiles et puissantes, pudiques et crues, rebelles et drôles malgré leurs peurs, un doigt d’honneur  vengeur prêt à dégainer. Parce qu’elles iront jusqu’au bout de leur délivrance, portées par l’amour filial. Christel Delcamp, dans ce deuxième roman intimiste, campe les  personnages  des trois générations avec brio et justesse.

ISBN : 978-2-89717-813-0 

Doris avait déposé sa fille devant les grilles de l’école avant de se laisser porter par la circulation. Ce ne fut que deux ou trois pâtés de maisons plus tard que le regard de Coco lui revint en mémoire. À la surface, quelque chose y flottait tristement. De la fatigue et de l’effroi. Peut-être aussi un peu moins d’enfance. Elle y avait lu tout un tas d’autres choses aussi belles que la complicité et aussi douloureuses que la solitude. Tout cela était passé de l’une à l’autre en un éclair alors que les voitures klaxonnaient pour que Doris reprenne place dans leur flot.

Doris fut traversée par une hésitation. Le désir soudain de serrer son enfant, de lui demander pardon, de l’emmener loin. Mais elle s’était contentée d’embrayer.

Seulement, le regard de Coco restait planté là, en plein milieu de sa tête déjà lourde. Bien entendu, après une telle nuit, après leur départ en catimini de l’hôtel, il était dans l’ordre des choses que sa fille fût écrasée de fatigue et d’inquiétude. Mais l’école ne représentait-elle pas le meilleur moyen de se raccrocher au monde ?

Doris tapotait le volant de l’index. Feu vert. Avancer et oublier le petit corps potelé, les bras ballants dans la robe de chambre un peu juste. Penser à racheter une robe de chambre. Une robe de chambre !

Doris pila. On klaxonna. Elle fit un bras d’honneur et effectua un demi-tour qui cloua tout le monde sur place. Elle remonta l’avenue, dépassa l’école, s’engagea dans une rue adjacente, pila à nouveau, réalisa un créneau parfait, coupa le contact, ôta ses lunettes noires et fondit en larmes. Coco était en pyjama ! Si ce n’était que ça, passait encore ! D’accord, elle n’avait pas de cartable non plus, mais ce n’était pas la première fois et la maîtresse comprendrait, même si la contrariété lui vaudrait très certainement une petite montée de plaques roses. Chacun avait sa vie, chaque vie ses contretemps. Si l’enseignante ne pouvait pas comprendre ça, le monde pouvait s’arrêter de tourner direct. Non, ce n’était pas tant le pyjama ou l’absence de cartable, le problème. Elle aurait dû accompagner sa fille. Elle l’avait tout bonnement déposée sur le trottoir en tenue de nuit. Elle l’avait laissée passer seule le portail, passer seule devant ce petit garçon à l’air si mauvais. Elle l’avait laissée traverser la cour toute seule, accrocher seule sa robe de chambre au milieu des manteaux, entrer en classe, expliquer à la maîtresse. Seule. Seule. Seule.

Coup d’œil rapide à sa montre. 8h58. Elle sauta de la voiture, entama un sprint, s’arrêta net, revint sur ses pas, remonta dans la voiture, farfouilla fébrilement dans tous les coins, mit la main sur ses lunettes noires, les posa sur son nez, et reprit sa course, dopée à l’amour et à la culpabilité. Peut-être Coco ne serait-elle pas encore rentrée en classe. Peut-être la maîtresse lui accorderait-elle cinq minutes pour faire semblant de croire à son histoire. Qu’allait-elle raconter aujourd’hui ? Il serait toujours temps de voir.

Elle abordait l’avenue. Plus que cent mètres. Le tout était qu’elle eût au moins le temps de glisser un clin d’œil à Coco. Ou un baiser. Ou rien. Mais que sa fille sentît qu’elle était là. Qu’elle serait toujours là.

Elle arriva hors d’haleine. Le grand portail vert était verrouillé. Elle le secoua en vain, et ravala tout ce que sa course avait fait remonter.

La cour était silencieuse. À sa montre, il n’était pourtant que 9h05, mais la machine digérait déjà son enfant. Ponctuelle, malgré les chaussons.

 

Disponible également au format ePub et/ou Kindle sur iBookstore Apple, Amazon.fr, ca et com, Kobo France et Kobo Canada, Google Play, Archambault.ca, ePagine.fr, FNAC.com, Bookeenstore, Chapitre.com, Relay.com, Decitre, Cultura, Nolim Carrefour, Feedbooks et +

 

Des hommes suspendus de Tang Loaëc

Format ePub et Kindle

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Tang LoaëcCe roman écrit à Shanghai et nourri des thèmes des arts, de la littérature et de la représentation des corps est mené à la façon d’un thriller sur un tempo obsédant,  diabolique et addictif. Carrare, une artiste chinoise, obnubile un écrivain français très jaloux artistiquement et sexuellement. La littérature s’affronte au corps à corps à la sculpture. Les œuvres prennent corps, dans tous les sens de l’expression et méprisent les modèles.  La réalité se confond avec l’Œuvre, dont on ne sait qui la crée vraiment. Les corps sont-ils de chair ? Et où se perdent les modèles ? La jalousie stimule l’imaginaire de l’Ecrivain et de Carrare mais aussi le désir du rapt de l’intime et celui du meurtre. Les personnages sont des marionnettes attachées à mille fils, mais qui  les manipule vraiment ? Carrare ?  L’écrivain ? L’Œuvre, elle-même ?

Il faut que le lecteur se laisse porter par la folie de la création, il ne va  pas s’en remettre.

ISBN : 978-2-89717-812-3

C’est le plus beau meurtre qu’il lui ait été donné de voir.

Un crucifié, le crâne rasé, suspendu dans l’air et comme drapé en une lumière safran, un corps dénudé exposé en gloire. Les références se contredisent, le martyr est chinois mais la référence chrétienne, un bonze au mont du Golgotha. Cette station en croix n’a rien d’autre de christique, au contraire. Chaque caresse du regard sur ce corps éveille chez la femme qu’il stupéfie des sensations qui n’ont rien de chaste.

Rien de morbide non plus, la vision triche avec la réalité, le supplicié exposé à son regard lui semble uniquement désirable. Au lieu que les blessures qui le transpercent n’inspirent l’horreur, elles coupent le souffle tant chaque plaie déclenche un désir indécent d’aller la lécher. La sainteté, à laquelle fait référence la tonsure de bonze comme la couronne d’épines enfoncée à faire perler le sang dans la peau, ne fait que renforcer le désir.

Elle humecte ses lèvres, peine à baisser ses paupières sur ses yeux écarquillés, agrandis de stupéfaction jusqu’à effacer leur plissure bridée. Sa peau pâle de Shanghaïenne sophistiquée, qui cherche la blancheur et préserve son visage du soleil toute l’année, rougit d’un fard qu’elle n’a pas appliqué.

Lily a reculé sous le choc de cette vision lorsque le propriétaire a allumé la lumière. Le propriétaire est petit, patient, respectueux et d’une parfaite courtoisie. Les voisins l’ont averti que sa maison semblait désertée. Il a appelé plusieurs fois par courtoisie et pour se renseigner. Personne n’ayant répondu, il est venu voir. Lorsqu’il a découvert le corps, il a appelé Yao, parce que c’est son beau-frère et qu’il travaille pour la police. Ce n’était pas le bon policier à appeler en cas de meurtre, mais c’était le seul qu’il ose appeler au milieu de la nuit et qui ne lui causerait pas d’ennui. La femme est venue avec lui, il ne l’a pas présentée. Il n’a pas l’intention de le faire.

Elle ne lui en veut pas. Lily, dont le vrai nom chinois est Yi-Feng, n’a aucune envie de connaître le propriétaire affable et ennuyeux.  Elle ne veut pas de distractions.

L’atelier d’artiste, maculé par un usage réel, est parcouru par des faisceaux de lumière qui se croisent sous le haut toit de cette ancienne fabrique, reconvertie à grands frais en loft. Les projecteurs mettent en relief les matières brutes mêlées aux tissus décoratifs, les sculptures exposées pour le visiteur ou l’artiste, et plus que tout cette victime comme un point final apporté au dispositif.

Dès le premier moment elle ne peut se départir de la conviction qu’il s’agit d’une mise en scène qu’il a dû falloir mûrir pendant des mois. Cet assemblage est trop parfait.

Mais bien sûr, comme le maître des lieux le lui fait remarquer, le mort a été épinglé à la pièce maîtresse de la dernière œuvre de l’artiste, qui occupait les lieux avec son mari. L’œuvre en cours est un ensemble de pièces formant une même sculpture, portant un nom étranger qui veut dire Le Marionnettiste ou quelque chose d’approchant. Il est normal que tout soit organisé pour la mettre en valeur.

Des hommes suspendus de Tang Loaëc est le 2e titre publié dans la nouvelle collection « L’Intime » dirigée par Anne Bert. Un roman inédit qui donne le ton d’une collection que veut rassembler les auteurs qui explorent les failles, ce qui perturbe et remue l’âme et les corps. 

Tang Loaëc, qui êtes-vous, quel est votre parcours en littérature ?

Je suis celui qui n’a jamais réussi à choisir entre la littérature et la vie. J’aime ouvrir des portes beaucoup plus qu’en fermer. J’ai rencontré des amis admirables qui ont construit leur vie pour se mettre en situation d’écrire. J’ai toujours couru au contraire, persuadé que pour écrire il fallait vivre, aller quérir les expériences qui nourrissent les écrits.

J’ai  donc vécu. Je n’avais pas prévu que pour apprendre à écrire, il me faudrait aussi fracasser quelques unes de mes vies. C’est venu par le travers. Cela m’a offert les fragments de verre un peu ensanglantés dont je fais des livres, cela m’a aussi appris que les cicatrices n’interdisent pas d’espérer.

Au bout du compte, je suis un outsider en écriture, comme dans tous les domaines de la vie. Parfois pourtant, je suis récompensé.

Pourquoi avez-vous choisi ce thème de la jalousie artistique et amoureuse pour ce roman ?

La jalousie fait tourner le monde. Qu’elle le fasse tourner de travers n’y change rien. Elle est un des moteurs intimes les plus puissants du fonctionnement humain. Que je me considère moi-même comme peu jaloux n’y change rien non plus. La jalousie n’en a pas moins prise sur ma vie, ne serait-ce que par celle que je peux générer chez autrui, à tort ou à raison. Et la jalousie n’est pas par nature raisonnable, c’est un monstre tapi au profond des hommes et des femmes.

Jalousie artistique et amoureuse, bien sûr, parce que ce sont des domaines par excellence passionnels. Ils réfutent toute rationalisation, la logique n’a que très peu de prises sur eux. Mais la jalousie ne s’arrête pas là. Elle envahit tous les registres de la vie, professionnelle par exemple, et même dans ces domaines où la raison devrait servir de compas, elle y échoue, parce que nous sommes, en tant qu’êtres humains, construits sur ce gouffre qui n’a peut-être pas de fond.

La construction de votre roman est celle du théâtre de marionnettes asiatique, d’ailleurs votre double culture française et chinoise marque votre texte, mais cette façon de mettre en scène la manipulation de vos personnages ne révèle pas autre chose ?

La manipulation est aussi au cœur de l’échange de pouvoir, cette émotion très sensuelle qui naît de la prise ou de l’abandon du contrôle, dans une relation sexuelle. C’est tout le thème de la Femme et le pantin de Pierre Louÿs. De la marionnette comme jeu de représentation artistique, on passe au travers cette image de marionnette-à-fil à la notion de domination, de perte de contrôle. La manipulation amoureuse est à la fois un jeu et le théâtre d’un combat féroce pour la possession de l’autre. Il y a cela aussi dans les poupées de Bellmer. Pourtant, ce jeu d’apparence pervers repose aussi sur un sentiment amoureux extrêmement fort, totalement sincère. Le contrôle et la manipulation sont un cri d’amour absolu et désespéré. Le fait qu’il puisse être destructeur ne retranche rien a la sincérité du sentiment, malheureusement sans doute. Être jaloux est aimer mal, mais rarement ne plus aimer, même si dans des cas que je méprise, cela peut arriver.

Les rapports entre l’artiste et son œuvre n’ont jamais été abordés en littérature. Ce que vous décrivez dans votre roman est  fascinant, terriblement charnel,  sexuel même, au rebord de la folie créatrice. Votre personnage Carrare est-elle folle ou simplement perverse parce que créatrice ?

Il y a deux dimensions à l’art : la recherche de la perfection et celle de la déraison. Depuis l’invention de la photo, la recherche de la perfection s’est vue porter un coup terrible, qui a amené des générations de peintres et de sculpteur à réfuter cette dimension jusqu’au non sens. Je crois que la réinvention de l’art passe par la capacité à assumer les deux dimensions à la fois, perfection et déraison. C’est en tous cas ce que Carrare poursuit et son amant aussi. Carrare tend à la folie pour l’art et son amant l’y rejoint par amour, non pas en la sauvant mais en l’affrontant. Est-ce que l’un d’entre eux est fou ? Pas à mes yeux. Il faut certainement tenter de les arrêter avant qu’ils ne fassent plus de dégâts (lisez le roman pour ça), mais ils s’inscrivent totalement dans leur passion. La déraison passionnelle n’est pas la folie, elle est une forme d’absolu, tant qu’elle est créatrice elle n’est pas la folie.

Carrare et son amant finissent du mauvais côté du crime, la loi des hommes doit les arrêter, mais qui suis-je pour les juger…

L’amant de Carrare est un écrivain français. Je suis bien tentée de vous demander si votre compagne est  une artiste… J’opte plutôt pour cette question : des amants qui vivent de leur art peuvent-ils s’aimer sans se détruire ?

Ma compagne qui est ma femme est une déesse Sibérienne, belle comme la nuit, instinctivement jalouse, mais non elle n’est pas artiste. Elle prouve ma folie personnelle parce qu’elle a 23 ans de moins que moi, mais c’est une folie qui trouve sa source dans l’amour et donc je me pardonne.

L’art à  sa part dans ma vie sous beaucoup d’autres prismes. Il m’a créé tout autant que les marionnettes de Carrare, puisque mes parents étaient tous deux peintres ou sculpteurs et qu’ils se sont rencontrés dans une école d’art, à Paris où seule cette passion commune pouvait les attirer, l’une de Shanghai et l’autre de Brest. Côté chinois, beaucoup d’autres peintres, poètes, calligraphes dans cette lignée. « Des amants qui vivent dans leur art peuvent-ils s’aimer sans se détruire ? » me demandez-vous. Mes parents ne se sont pas vraiment détruits mais ils n’ont pas non plus prouvé le contraire. Adolescent, j’ai souvent pensé qu’ils auraient mieux fait de se quitter. Je me trompais peut-être d’ailleurs et je ne suis pas propriétaire de leurs choix. Mais pour revenir aux Hommes suspendus, jamais l’écrivain ne cherche à détruire sa femme artiste. Son amour blessé entre en compétition avec elle pour pouvoir la rejoindre, s’en faire aimer. La jalousie l’aiguillonne, elle ne tue pas l’amour. Au contraire.

Vous dirigez la Vénus Littéraire, un site dédié à l’érotisme et chroniquez dans la rubrique  littéraire L’enfer du magazine L’Obs.  Le sexe et le désir érotique sous-tendent  la narration des Hommes suspendus. Pourquoi ce goût pour l’érotisme et le sexe en littérature ?

La Venus Littéraire n’est pas dédiée à l’érotisme mais à la Littérature, l’érotisme et l’idéal. C’est bien cette triple dimension qu’elle vise et que je revendique pour ce magazine. Mais l’humain est souvent trop fragile et visant l’idéal, son coup de fusil vers la lune, tiré au jugé pendant un mariage, abat un innocent à deux kilomètres ou un être aimé.

Le sexe est la première mission pour laquelle toute espèce vivante est programmée. Si vous n’êtes pas un organisme mono cellulaire, et je ne le suis pas, c’est une pulsion enfouie sous vos tripes, c’est une obsession ancrée dans votre cerveau et que vous vous cachez plus ou moins.

J’ai cela d’étrange, quoi qu’étant très maîtrisé et rationnel, je crois le plus en la déraison et l’idéal. L’érotisme appartient à ce second monde et s’il ne me traversait pas, avec toute sa force perverse, je serais très ennuyeux et très ennuyé.

Je n’ai pas dit que l’érotisme doit dominer nos actions, mais le nier n’est qu’un mensonge qui, à mes yeux, n’est pas pieux mais impie. Mieux vaut le marier à l’amour, la littérature ou l’art.

En quoi diffère  l’expression de l’érotisme chinois de l’occidentale ? Y-a-t’il en Asie un autre rapport au corps et au désir ?

Parfois j’entends dire que l’être humain est le seul animal à avoir inventé la passion et les perversions. Pour le meilleur et pour le pire, je n’y crois pas un instant. Je crois que des forces souterraines traversent toutes les espèces animales et humaines, souvent avec les mêmes racines. Alors, des différences fondamentales entre des pedigrees différents de la même espèce, humaine en l’occurrence, dans ce qu’ils ont de plus profond, n’y comptez pas… Les fantasmes et les perversions humaines sont universels, les différences culturelles ne changent que la cape que l’on jette dessus pour les tenir secrets, ou le ruban dont on les habille. C’est une bonne nouvelle. Vous pouvez chercher vos complices partout où la vie vous mène !

Propos recueillis par Anne Bert

Disponible également au format ePub et/ou Kindle sur iBookstore Apple, Amazon.fr, ca et com, Kobo France et Kobo Canada, Google Play, Archambault.ca, ePagine.fr, FNAC.com, Bookeenstore, Chapitre.com, Relay.com, Decitre, Cultura, Nolim Carrefour, Feedbooks et +

Que sais-je du rouge à son cou ? de Anne Bert

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Anne BertAu plus près d’une réalité mouvante, Félix raconte de façon déroutante mais précise des bribes du lien amoureux qui l’unit à Louise. De façon déroutante…. à l’image de leur amour et de leurs désirs. Parce que rien ne se passe comme avec les autres femmes qu’il a aimées. Leurs joies et leurs peines, leur façon de faire l’amour, leurs mots et leurs silences, et même sa manie à contempler Louise, tout cela le désoriente. Pourtant il n’esquive rien des embûches, il expérimente avec ferveur, regarde vivre la femme étrange qu’il aime en essayant d’en saisir ses contours. Les étreintes de Louise le mettent aussi dans de curieux états. Les amants vivent ensemble sans cohabiter et se donnent d’étonnants rendez-vous. Louise est une femme loufoque, déstabilisante et Félix un apprenti sorcier qui n’a pas d’antidote.

L’avis de l’éditeur : Anne Bert a l’art et la manière de magnifier l’amour – du cœur et du corps – avec des mots qui percutent, adoucissent, sculptent notre imaginaire. Elle a cette faculté de nous faire pénétrer l’intime, à tel point que l’on a l’impression de rentrer dans la peau de ses personnages, d’être ses personnages. C’est délicieusement déstabilisant, et subtilement excitant.

ISBN : 978-2-89717-804-8

Elle m’enjambe souplement et s’accroupit les cuisses très écartées dans le S que forme mon corps en chien de fusil. Son sexe ouvert par le compas dégage un fumet de chair qui regorge. Je respire profondément ces effluves qui me certifient d’être vivant. Je crois apercevoir dans ses oreilles les écouteurs de son baladeur. Un tube souple pend entre ses seins, elle est aux aguets, les sourcils froncés. Sévère comme une chevêche qui considère sa proie, elle précipite soudain un objet dur et froid contre ma poitrine, fouille minutieusement mon cœur, sonde ses battements et ses palpitations, balaye le capteur sur mon torse quêtant l’arythmie foudroyante, le chuintement de l’aveu de mon bastringue amoureux. J’aperçois sous mes cils son visage concentré et contrarié.

Elle parait exaspérée, rien, ça bat comme un métronome trop bien réglé, pas la moindre suspicion de vertige, elle ausculte alors mon ventre, filtre le moindre de mes gargouillis intestinaux, confesse mon pubis, mon sexe poisseux recroquevillé sur ma cuisse, jusqu’au scrotum.

Elle viole le moindre chuchotis de mon intimité, s’en gave les oreilles, les embouts du stéthoscope vissés contre ses tympans, avide de trilles organiques et de fréquences révélant l’aigu du syndrome. Elle veut entendre mon sang battre plus sourdement dans mes veines, mon pouls s’emballer sous le métal froid, apprécier les borborygmes de ma passion pour elle, l’ataraxie et le silence de mon corps inerte l’insupportent, la font douter, une colère intérieure contracte ses mâchoires.

Elle a toujours le stéthoscope en l’air prêt à frapper quand je vois son regard qui veut en découdre remonter vers ma tête, je ferme alors complètement les yeux pour ne pas le rencontrer. Je crains soudain qu’elle ne m’ouvre le crâne pour autopsier mon cerveau afin d’y déceler ce que mon corps trop calme et ma bouche avare taisent. Elle soumet enfin à la question métallique ma pomme d’Adam, cherchant dans cette postérité la faute originelle du mâle, cette pulsion amoureuse encore indigeste qui lui est toujours restée en travers de la gorge. Je la sens s’agiter comme une mouche autour de cette pomme de discorde, incapable d’immobilité, tout à son interrogatoire.

Ma main s’abat sur son bras pour lui arracher l’engin inquisiteur, j’ouvre grand les yeux et intercepte deux scuds noirs dirigés vers mes orbites que j’esquive en lui plaquant le visage sur ma cuisse tout contre mon sexe sérieusement excédé qui profite de la véhémence de la protestation de Louise pour investir sa bouche ouverte.

Une main sous sa taille j’expose son cul à la lanière du stéthoscope que je claque sur ses fesses bientôt rubescentes de honte, Louise couine la bouche pleine, le pouls affolé de ma verge gorgée de sang bat sa langue et son palais inondé de salive visqueuse et de jus séminal.

Puisqu’elle veut des vibratos et de la conviction, qu’elle s’en gargarise !

Sa petite main sous son ventre frotte son sexe puis s’y loge. Je me retire de sa gorge pour me branler longtemps sur son visage, replongeant par instants dans sa bouche barbouillée de mots d’amour obscènes à faire rougir un corps de garde, ses joues aspirées par la succion serrent ma verge, puis mon gland gonflé au ras de son regard immobile douche ses mirettes noires d’une myriade de minuscules gouttelettes de rosée qu’elle me dit croire voir au microscope, suivies bientôt du sperme épais qui jaillit en saccades sur ses paupières et ses cheveux.

Édition papier – 12€

Broché, 134 pages – 13×20 cm

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