Délivre-nous par Edmondo Pires

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Résumé

Depuis la perte tragique de son fils et de sa femme, François Delagne traverse sa vie comme un fantôme. À la tête d’une entreprise florissante, il survit au jour le jour dans l’unique but d’honorer la promesse faite à sa femme Christina : s’assurer que l’assassin de leur enfant ne sorte jamais de prison. Et ne pas céder à l’envie de tuer. Mais lorsque survient le moment redouté de la libération, quinze ans après le procès, les certitudes volent en éclats.
Déchiré entre les pulsions de vengeance et la force d’un serment, François parviendra-t-il à se libérer du plus puissant des jougs : la haine d’un homme. Et si cette remise en liberté cachait des enjeux plus importants ? Et si le monstre n’avait pas livré tous ses secrets ?

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Chapitre 1 (extrait)

Ce fut d’abord un infime filet rouge qui suinta le long de son avant-bras. Pas la moindre douleur à ce stade. En tout cas, aucune qui ne remontât jusqu’à son cerveau. Malgré la faible lumière diffusée par les néons du pub, ses yeux parvenaient à suivre avec précision la lente progression de la vipère pourpre sur sa peau. Il la regardait avec indifférence, comme détaché de son propre corps. Probablement l’effet des nombreux verres de gin avalés depuis son arrivée. Combien d’heures cela pouvait-il bien faire ? Pour autant qu’il s’en souvienne, il avait dû poser ses fesses sur sa banquette préférée un peu avant vingt heures. Toujours la même, au fond de la salle. La seule qui permettait d’apercevoir l’ensemble de l’établissement, avec vue imprenable sur les entrées et sorties de tous ces oiseaux de nuit qui peuplaient les siennes depuis trop longtemps. Oui, aucun doute, il devait être vingt heures, soit juste après la fermeture des bureaux. En ce début de semaine, il n’était pas en déplacement pour affaires et cela lui pesait plus qu’il ne l’aurait imaginé. Ses responsabilités lui permettaient de s’éloigner très souvent de la capitale. Rencontrer les clients importants aux quatre coins de la France et de l’Europe était devenu son activité principale ces dernières années. C’était en tout cas la raison officielle de ses nombreux déplacements. François savait que la réalité était bien différente. Ce rythme infernal lui octroyait avant tout une opportunité de fuir les ruines de sa vie personnelle. Et quand le travail ne l’éloignait pas de ce gouffre douloureux, il venait chercher une amnésie artificielle au fond d’un verre. Ou d’une prostituée, voire les deux, cela dépendait des jours. La bouteille vide sur la table témoignait de l’option qu’il avait privilégiée ce soir. Contrairement à la plupart des psychotropes qui s’étaient empilés dans son armoire à pharmacie ces derniers mois, l’alcool lui permettait d’atteindre cet objectif. Lui seul parvenait encore à contenir ses pulsions autodestructrices récurrentes. Les médecins avaient apposé un diagnostic sur sa détresse : dépression post-traumatique. Les ordonnances s’étaient succédé, toujours plus fournies, toujours aussi inefficaces. L’ivresse lui permettait même d’en rire, parfois. D’en rire aux éclats, et la plupart du temps sans raison. Juste pour faire du bruit, ou bien pour se souvenir que son estomac pouvait trembler pour autre chose qu’un vomissement. Et que ses boyaux étaient encore capables de se tordre sans se vider dans la cuvette puante d’un bar miteux. Certes, ces rires-là n’avaient rien à voir avec ceux qu’il partageait autrefois avec Cristina. Mais c’étaient tout de même des rires. Lorsque ce souvenir furtif lui traversa l’esprit, il eut envie d’engloutir un autre verre acide, histoire de le chasser instantanément. Mais le serpent qui rampait sur son bras l’en empêchait, à présent. Il avait doublé de volume et s’était répandu sur la table, au milieu des éclats de verre. Il se faufilait partout, étalant sa couleur rouge, inquiétante et fascinante, à la vue de tous. Autour de François, l’agitation devint subitement plus bruyante. Les gens semblaient effrayés à la vue du reptile qui suintait le long de sa peau mate. Mais lui n’avait pas peur, il ne souffrait pas non plus. Il s’amusait des méandres inattendus que prenait la bête. Comme si sa présence lui était déjà devenue familière. Après tout, n’émanait-elle pas de ses propres veines ?
— Monsieur, vous allez bien ? demanda une voix visiblement affolée à sa droite.
— François, ajouta une seconde voix tout aussi paniquée, bouge pas ! On va t’apporter un torchon pour envelopper ta main !
Sa tête se souleva lentement. Ses yeux fixèrent, un à un, les visages qui lui faisaient face. Son regard serein tranchait avec leurs expressions inquiètes. D’autres paroles tout aussi prévenantes suivirent, mais il ne les entendit pas. Au lieu de cela, il reporta une nouvelle fois son attention sur le ruissellement écarlate. Peu à peu, la fascination fit place à une frayeur abyssale. Le souvenir d’un serpent semblable à celui-ci le pétrifia. Un filet rouge glissant le long d’un bras délicat, reposant sans vie sur le rebord d’une baignoire. Il se nourrissait de perles écarlates s’échappant d’un poignet lacéré. Au sol, un cutter souillé au milieu d’une mare d’eau brunâtre. Son être de lumière l’abandonnait. Le dernier lien qui le raccrochait encore à la vie. Chaque goutte du sang de Cristina était un grain qui s’écoulait dans son propre sablier.
— Tiens, serre-le fort autour de ta main, annonça soudain une voix grave devant lui. Faudrait peut-être montrer ça à un toubib, ça a l’air profond mon vieux.
François émergea enfin de sa léthargie alcoolique. Il pressa le linge mouillé contre sa paume ensanglantée. Pour la première fois, depuis que le verre avait explosé entre ses doigts, une douleur aiguë se manifesta.
— Non, pas la peine. Ce n’est rien. Désolé pour le verre Norbert, j’aurai dû faire plus attention. Je paierai ce qu’il faudra, cela va de soi.
— Ne dis pas de conneries, les verres, je les ai gratos. Occupe-toi plutôt de cette vilaine coupure ! Je reviens, je vais chercher ce qu’il faut pour réparer les dégâts.
— Dites-moi, il faut être sacrément costaud pour broyer un verre comme celui-là d’une seule main ! Vous êtes certain que vous n’avez pas besoin d’aide ? demanda un inconnu au visage mal rasé.
La force n’y était pour rien, songea François. La rage suffisait amplement. Mais il se garda de répondre et remua simplement la tête négativement. L’homme fit un signe et s’éloigna vers le comptoir. Besoin d’aide avait-il demandé ? Cette pensée le fit sourire. On en était plus là. Et depuis bien longtemps. Tandis que Norbert revenait de la réserve avec une serpillière et un seau, François se releva péniblement et fouilla dans sa poche. Il posa deux billets de cinquante euros sur la table et s’éloigna vers la sortie en adressant un rapide salut du revers de la main au patron. Celui-ci vociféra dans sa direction.
— Mais il y a beaucoup trop là ! Attends, je t’apporte la monnaie ! dit-il en secouant le torchon propre qu’il avait apporté.

Mais son client poursuivit son chemin sans se retourner et disparut dans la nuit froide de février.

En remontant le boulevard de Clichy, François Delagne réalisa brutalement qu’il avait perdu tous ses repères. Cela se produisait trop fréquemment ces derniers mois. Il releva la manche de son blouson. Une heure du matin. C’était déjà un bon début. Il devait maintenant se souvenir de tout le reste comme, par exemple, l’endroit où il habitait. Mais le vent glacé entama rapidement son œuvre réparatrice. Peu à peu, ses idées devinrent plus claires. Exactement ce qu’il redoutait. « Merde » se contenta-t-il de souffler entre ses dents. Il marcha encore quelques mètres puis s’immobilisa à la première intersection. Machinalement, il jeta un nouveau coup d’œil à sa montre. Curieusement, l’heure était demeurée la même. Il hésita. Continuer sur le boulevard ou tourner pour remonter la rue Lepic ? Se diriger vers une passe à cent euros qui lui donnerait encore plus la gerbe ou rentrer chez lui ? Monnayer un orgasme sans saveur, dans le seul but de tromper sa solitude quelques minutes de plus, ou regagner directement son deux-pièces vide de meubles et de vie ? Un dernier frisson fit trembler tout son corps avant que ses jambes ne se remettent en mouvement, laissant la rue Lepic s’éloigner peu à peu derrière lui.

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